04/09/2003

paru dans le n° 50 - janvier 1970


Paris venait de traverser une semaine sanglante, et sur la capitale soufflait un vent de mouchardage. Verlaine, toujours sous le coup de la peur, se garda bien de paraître au Luxembourg où avaient, après les événements, été transférés les bureaux de l’Hôtel de Ville. L’ex-chef du « bureau de la presse » jugea plus prudent d’aller « se mettre au vert », et il partit pour Fampoux en com- pagnie de Mathilde, ils demeurèrent quelque temps chez l’oncle Dehée, puis chez le cousin Dujardin, à Lécluze.

Si les appréhensions de Paul étaient exagérées, elles n’étaient pas chimériques car, dans les semaines qui suivirent la victoire de «l’Ordre», la « justice » fut expéditive, et si Verlaine ne risquait pas le peloton d’exécution, il pouvait néanmoins être inquiété. Charles de Sivry, son beau-frère, qui avait obtenu une place de chef d’orchestre au Casino de Néris-les-Bains venait d’être arrêté dans cette ville et transféré à Satory !

Oui, Satory, au nom devenu sinistre, Satory, où les feux de peloton firent longtemps vibrer l’écho. Imaginons un instant la grande frayeur qu’éprouva Paul quand il apprit la nouvelle dans sa retraite nordique, car c’était bien à lui que Sivrot avait dû son nouvel emploi, alors, si l’on poursuivait Sivrot c’était donc que… ? Diable ! Diable ! Voilà qui dut incliner Verlaine à mieux prendre le temps d’apprécier la bière du nord !

Il décida donc qu’il attendrait pour rentrer à Paris que l’atmosphère y soit devenue plus agréable, et aussi qu’il ne remettrait plus les pieds à l’Hôtel de Ville. Cette dernière décision obligea Mathilde à solliciter l’aide paternelle, elle écrit donc à M. Mauté que les appointements de Paul allaient bientôt faire défaut. S’étant montré compréhensif, M. Mauté lui répondit très favorablement. Il offrit à son gendre de venir loger chez lui : le second étage de l’hôtel serait réservé au jeune ménage. Verlaine fut enchanté par cette proposition qui assurait le gîte et le couvert à sa famille tout en lui laissant la plus grande liberté.

Il ne nous apparaît pas que le poète, durant sa solitude campagnarde, ait beaucoup médité sur la conduite qu’il eut pendant les « années terribles » (de 1869 à 1871).

Cette conduite avait été fort peu appréciée, et le blâme de certains l’inclina à un ressentiment grognon envers l’humanité. Il se proposa même, ainsi qu’il le dit : « à battre froid, à l’avenir, la plupart des personnes en question ». Nous savons aujourd’hui que la haine «rentrée» de Paul Verlaine pour Leconte de Lisle prit date à ce moment-là. Il s’en confia par lettres au poète Emile Blémont.

Mais lui, Verlaine, pensa-t-il à ce qu’était devenu, en si peu de temps, son rêve de la Bonne Chanson ? Il ne le semble pas, car quand Blémont lui fit part de son prochain mariage, il lui répondit par des félicitations sententieuses, par exemple : « Encore un homme dans le vrai ! » Considérait-il les gifles, dont il fut si généreux, comme partie intégrante de cette vérité ? Il a oublié de nous laisser là-dessus l’avis de Mathilde. « Tâchez de tirer un bon numéro ! Je n’ai pas quant à moi, à me plaindre du mien… » Bon, voilà qui est fort aimable, mais qu’en eut dit, du « numéro » que le sort lui avait réservé, la joue encore brûlante des claques reçues, la pauvre « petite fée » ?

Nous sommes alors fin août 1871, Verlaine est à la veille d’une rencontre qui allait bouleverser sa vie. La « période Rimbaud » allait commencer, nous savons ce qui arriva, la folle aventure, les deux coups de feu de Bruxelles, l’arrestation de Verlaine, les deux ans de prison, sa conversion. Il n’entrait pas dans nos intentions de remuer toute la fange dans laquelle baignèrent les relations rimbaldo-verlainiennes et qui sont connues.

Nous terminerons donc cette étude par un rappel chronologique des œuvres de Paul Verlaine, de leurs dates de parution, ainsi que des sources qui servirent de références pour l’étayage et l’établissement de textes initialement prévus pour conférences.

Voir ces tableaux en haut du document, à gauche et à droite de notre texte.

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