04/09/2003

paru dans le n° 46 - septembre 1969


Le mariage devait avoir lieu en juin, mais un certain nombre de circonstances apporta des modifications au programme. Comme le jour tant attendu approchait et que, tout joyeux, Paul, un soir, s’en revenait de la mairie et de l’église où il était allé remplir les formalités d’usage nécessaires à la publications des bans, il apprend, rue Nicolet, que Mathilde est souffrante. Une épidémie de variole régnait alors dans Paris. Ses noces remises à une date incertaine, Verlaine vécut dès lors des jours angoissés. Tout le temps que sa fiancée fut malade, Paul alla lui rendre visite mais il avait une telle peur de la contagion qu’il s’arrêtait toujours à la porte du jardin.
Après ce premier retard un autre survint pour la même raison, Mathilde entrait en convalescence mais sa mère, atteinte aussi par le mal, s’alitait à son tour et c’était une nouvelle remise du mariage.

Entre-temps, la situation politique et militaire s’était détériorée.

La France s’était opposée à la candidature d’un prince de Hohenzollern au trône d’Espagne, une dépêche avait annoncé que l’Ambassadeur de France avait essuyé un affront. Quelques jours plus tard Napoléon III déclarait la guerre à la Prusse.

Paul avait été libéré de toutes obligations militaires, la chance lui ayant été favorable lors du tirage au sort, ses soucis étaient donc d’un autre ordre. Pour faire diversion à l’énervement causé par ce trop long jeûne amoureux, une amie de Mathilde, que lui-même avait connu chez Nina de Callias, la Marquise de Manoury, l’emmena passer une semaine en Normandie, avec Sivry et Marguerite, sa future belle-sœur. Ils revinrent dans les premiers jours d’août.
Le 6 au soir, Paris apprenait la défaite de Froeschviller.

Cette fois le Mariage était fixé au 11 août malgré la guerre et l’inquiétude.

Le 8 août, en fin d’après-midi, Verlaine est dans son bureau de l’Hôtel de Ville, quand un de ses amis, Lambert de Roissy, fait irruption un revolver à la main, et dépose sur une table un pli cacheté en déclarant que sa maîtresse est morte en accouchant et qu’il va se tuer puis se sauve en courant. Paul tente en vain de le rejoindre, de plus il ignore son adresse. Le pli déposé contient un testament, mais que faire ?

Le lendemain Paul reçoit un télégramme le priant de se rendre à Passy, le poète s’y précipite, mais a l’adresse indiquée il ne trouve qu’un cadavre, la tête trouée d’une balle, et une mère pleurant un fils unique, offensée par ce suicide pour une inconnue. Verlaine se chargea de toutes les formalités et démarches auprès du commissaire de police, du médecin légiste et du curé de la paroisse.

Le 10 août, veille de son mariage, il suit le convoi funèbre de son malheureux ami, il est accompagné d’Anatole France.

Au retour de l’enterrement, Verlaine s’est arrêté au Café de Madrid quand une clameur s’élève tout à coup de la rue, la foule s’arrache les journaux : l’armée du Rhin est battue et la déroute commence.

Aussitôt, une manifestation spontanée éclate au passage d’un régiment, on crie « Vive la République ». Paul, qui a bu, crie plus fort que les autres. Repéré, il est pris au collet par les policiers, mais des amis le délivrent et lui font une ovation au cours de laquelle, saisi de « prudence », il se dérobe, et il fuit par le passage Jouffroy.

Puis il entre au Café de Mulhouse pour prendre une dernière absinthe, il demande le journal et la toute première chose à frapper son regard est le texte d’un décret appelant sous les drapeaux tous les hommes non mariés de la classe 1864, la sienne ! Ce décret annulant les dispositions concernant les « bons Numéros » du tirage au sort.

Le lendemain, le 11 août, le mariage est cependant célébré à la mairie de Montmartre soit par une irrégularité, soit par une tolérance recommandée aux officiers de l’état-civil en faveur des jeunes gens dont les bans furent publiés avant le 10 août.

Paul Foucher, beau-frère de Victor Hugo et Léon Valade furent les témoins de Verlaine. Le dessinateur Félix Régamey et Camille Pelletan étaient présents à la cérémonie. Lepelletier n’y était pas, et pour cause, le « Zouave » s’était engagé dès le début des hostilités et faisait partie de l’armée du Rhin bloquée dans Metz.

La bénédiction nuptiale eut lieu à l’église Notre-Dame de Clignancourt, et, petite anecdote historique, c’est dans la sacristie qu’une ancienne institutrice de Mathilde, doucement s’approcha d’elle et lui mit dans la main une épître en vers. Cette jeune fille, c’était Mademoiselle Louise, celle que plus tard l’on allait appeler «la Vierge Rouge».

Le jeune ménage alla s’installer au 2, rue Cardinal Lemoine au quatrième étage d’un immeuble, dans un appartement dont le balcon surplombait le quai de la Tournelle.

17:04 Écrit par Archives PePo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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